Nout Natir Une plante, une identité, des usages, des sources. Catalogue

Nout Natir • Fiche botanique

Vacoa

Pandanus utilis Bory, 1804

Pandanaceae Vacoi Littoral Cultivé

Un peuplement à racines échasses. Le nom du lieu ne se lit pas sur la photographie.

Identité

Le vacoa que l’île reconnaît au premier regard

À La Réunion, le mot vacoa — aussi écrit vacoi, vacois, vacoua, vaquois, baquois — désigne d’abord l’arbre à racines échasses, aux feuilles en hélice et au fruit rond hérissé que l’on voit sur le littoral, dans les jardins et le long de certaines routes du Sud. Le Conservatoire botanique national de Mascarin retient Vacoi comme nom local principal de Pandanus utilis Bory, et Vacoi utile comme nom français standard.

Ce n’est pas un palmier. C’est une Pandanacée : les feuilles naissent en trois rangs spiralés au bout des rameaux ; les cicatrices foliaires marquent le tronc d’anneaux ; les racines aériennes tiennent l’arbre au vent et à l’embrun. Le regard réunionnais le lit comme un arbre de bord de mer. La botanique, elle, refuse de trancher trop vite son indigénat.

Photographier l’identité

Un fruit, un peuplement

Le fruit composé se voit. Le peuplement montre des racines échasses. Le nom du lieu ne se lit pas sur les photographies.

Fruit composé et feuilles en ruban
Un fruit composé et des feuilles en ruban. L’espèce et le lieu ne se lisent pas sur la photographie.
Peuplement à racines échasses
Un peuplement à racines échasses. Le nom du lieu ne se lit pas sur la photographie.

Ne pas confondre

Vacoa de côte et vacoi sauvage

L’île porte plusieurs Pandanus. Celui que les familles tressent, plantent en haie ou cuisinent sous le nom de pinpin est Pandanus utilis. Un autre, le vacoi sauvage ou petit vacoa, est Pandanus sylvestris Bory : endémique strict de La Réunion, plus petit (souvent 3 à 7 m), lié surtout aux forêts et végétations semi-sèches de moyenne altitude. Les deux ont été nommés par le même voyageur, la même année. Ils ne racontent pas le même territoire.

Le vacoa du Cap Méchant, des puits de Saint-Philippe et des cours n’est pas le petit arbre de l’intérieur. Quand une conversation de famille dit « vacoa », il faut encore demander : lequel, où, pour quel usage.

Ce que disent les archives botaniques

Une plante nommée ici, un indigénat encore ouvert

Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent publie Pandanus utilis en 1804. Le nom scientifique naît donc d’un regard porté sur les Mascareignes, pas d’un copier-coller d’une flore lointaine. E. Jacob de Cordemoy, dans sa Flore de La Réunion de 1895, le place page 139 et le décrit comme commun partout, surtout sur le littoral, aux capitules volumineux. Un siècle après Bory, le vacoa est déjà l’arbre ordinaire de la côte.

Le CBNM, aujourd’hui, n’écrit pas « endémique » sans réserve. Il note un statut général « cultivé (indigène ?) » et un statut spontané « indigène ? ». La répartition mondiale est donnée avec la même prudence : origine mascarine possible, introduction ailleurs pour l’ornement et l’usage. D’autres notices, plus agricoles, le présentent comme endémique des Mascareignes. Des textes grand public le font venir d’Indonésie. Ces trois phrases ne peuvent pas être vraies en même temps. Mwin Lé Réunion retient donc le doute du référentiel réunionnais, pas la facilité d’une origine unique.

L’atlas Borbonica renforce ce portrait d’arbre de l’île habitée : la grande majorité des occurrences bancarisées se trouve dans des milieux d’origine anthropique — zones aménagées, fourrés secondaires, terrains agricoles — et non dans une forêt « vierge ». Le vacoa que l’on photographie au bord du chemin est souvent un vacoa planté, entretenu, ou devenu spontané au contact des hommes.

Reconnaître

Ce que l’œil peut vérifier

Les descriptions agricoles réunionnaises s’accordent sur un port dressé, souvent très ramifié vers le haut, les rameaux terminés par des touffes de feuilles ascendantes. Le limbe est linéaire, vert foncé à glauque ; les bords et la nervure portent des épines, souvent rouges. L’arbre peut dépasser largement la hauteur d’une case. Le fruit n’est pas une baie unique : c’est un syncarpe, un assemblage de nombreuses drupes. Mûres, celles-ci montrent un dôme vert luisant et une ceinture rouge ou pourpre à la base — exactement ce que montre la photographie de 2005.

Le « chou de vacoa », bourgeon terminal parfois cuisiné comme un parent du palmiste, appartient aux mémoires de table. Le prélever mutile l’arbre.

Gestes

La feuille avant l’objet

Le tressage du vacoa n’est pas un décor de vitrine. C’est une chaîne de gestes : choisir la feuille assez vigoureuse, ôter les trois rangées d’épines, fendre en lanières, mettre en bottes, sécher au soleil plusieurs jours, puis assouplir la fibre avant de tresse. De cette matière sortent bertels, paniers, chapeaux, nattes, saisies. Les ateliers contemporains du Sud et de l’Est transmettent encore ce travail ; ils disent aussi qu’il s’appauvrit si personne n’apprend.

Les notices d’artisans rappellent un usage plus ancien : emballer. Feuilles séchées et fendues pour nattes de séchage du café, sacs solides pour le grain marchand. Cette mémoire relie le vacoa à l’économie agricole de l’île, pas seulement à l’objet-souvenir.

À Saint-Philippe et Saint-Joseph, le vacoa entre aussi dans le paysage de vanille, de marine et de pique-nique. Au Cap Méchant, vacoas et filaos tiennent l’embrun : le lieu n’est pas seulement géologique. Planter le vacoa en haie, en coupe-vent ou parfois en tuteur n’est pas anodin : le CBNM le classe parmi les espèces cultivées en grand pour l’ornement, l’organisation des paysages, la cicatrisation et la protection des sols.

Ce que le vacoa n’est pas

Le kayamb du maloya se fabrique surtout avec des hampes de fleurs de canne, pas avec la feuille de vacoa. Confondre les deux matières serait une erreur de geste. Le cambarre des marchés est une igname : ce n’est pas le pinpin. Deux mots proches dans la bouche, deux plantes différentes dans la terre.

Table

Pinpin, chou et cambar

Le fruit composé s’appelle ici pinpin ou pimpin. On le cuisine cuit — confiture, beignet, terrine, parfois cari — parce que la chair amylacée ne se traite pas comme un fruit de dessert croqué sur l’arbre. Le chou, cœur du bourgeon, apparaît dans les mémoires de salade, de gratin ou de cari. Ces préparations appartiennent à Nout Manzé comme usages de territoire, surtout dans le Sud.

Le mot cambar / cambarre désigne l’igname pourpre, distincte du pinpin.

Les usages présentés dans cette fiche relèvent du patrimoine et des traditions réunionnaises. Ils ne constituent pas un conseil médical.

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