🗣️ Nout Lang i viv !Kozé, konprann, gard nout bann voix.Rakont anou

Nout Kiltir · Nout Lang

Kréol rényoné

Kozé nout péi. Konprann son listwar. Gard son bann voix.

Notre créole est une langue vivante, née dans l’histoire particulière de Bourbon et façonnée par des générations de contacts, de transmissions et de transformations. Ici, aucune manière de parler n’est déclarée « meilleure » qu’une autre.

Kot nout lang i sort ?

Une langue née progressivement, pas une langue apparue en une nuit

Les chercheurs décrivent une histoire de contacts et de restructurations. Le vocabulaire est très majoritairement issu du français, mais le réunionnais se forme dans une société où se rencontrent des populations, langues et cultures multiples. L’importance exacte de chaque mécanisme reste un sujet scientifique : Mwin Lé Réunion présentera les hypothèses comme des hypothèses.

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Des français multiples

Les Européens du XVIIe siècle n’arrivent pas tous avec une même manière de parler : français oral, usages régionaux et dialectaux participent au matériau de départ.

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Un monde indianocéanique

Malgaches, Africains, Indiens et autres populations de l’océan Indien vivent dans une société contrainte et profondément inégalitaire où la communication se transforme.

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Une évolution graduelle

Les travaux d’Annegret Bollée mettent en avant un développement graduel, notamment lors du passage vers la société de plantation après l’introduction du café.

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La transmission

Une langue devient pleinement langue de communauté lorsqu’elle est apprise, réorganisée et transmise entre générations. Les enfants nés sur l’île jouent donc un rôle central dans sa continuité.

XVIIIe siècle

Une trace écrite exceptionnelle

Le « Petit Catechisme de l’Isle de Bourbon »

Philippe Caulier consigne vers 1763 ou au début des années 1770 un parler utilisé à Bourbon auprès d’esclaves. Le terme « créole » n’est pas encore celui qu’il emploie pour désigner cette langue, mais le document est précieux pour suivre son évolution.

« Li qui fini faire le Ciel la terre… »

La forme li est donc attestée très tôt dans un document bourbonnais. Le texte doit être lu dans son contexte colonial et missionnaire, sans reprendre les jugements de valeur de son auteur sur la parole des personnes esclavisées.

Lire l’édition scientifique sur Creolica ↗

Rencontres de langues à Bourbon

Les premiers peuplements mettent en contact des formes régionales du français avec les langues et pratiques des populations venues notamment de Madagascar et de l’océan Indien.

De la société d’habitation à la plantation

Les recherches décrivent une créolisation progressive, accélérée par les transformations démographiques et sociales liées au café et à la société de plantation.

Des traces écrites anciennes

Les textes de Philippe Caulier consignent un parler utilisé auprès d’esclaves à Bourbon. Ils attestent déjà plusieurs structures qui éclairent l’histoire du réunionnais.

Une langue de la vie quotidienne

Le créole s’enracine comme langue maternelle et de médiation, tandis que les représentations sociales tendent à opposer français valorisé et créole minoré.

Départementalisation et diglossie

La progression institutionnelle du français accentue longtemps l’inégalité de statut entre français et créole, sans faire disparaître les pratiques créoles.

Patrimoine linguistique reconnu

La loi d’orientation pour l’outre-mer étend explicitement aux langues régionales des départements d’outre-mer les politiques prévues pour les langues régionales.

Créole et CAPES

Une section créole est créée au CAPES en 2001 ; la session 2002 marque une nouvelle étape de l’institutionnalisation de l’enseignement.

Les variantes enseignées comme une richesse

Le nouveau programme officiel décrit les variétés historiques en li et en lu et insiste sur leur mélange dans les pratiques contemporaines.

La question que tout le monde entend

Pourquoi certains disent « li » et d’autres « lu » ?

Le programme national 2026 décrit deux grandes variétés historiques : le créole en li, dit sifflant, et le créole en lu, dit chuintant. Elles ont été géographiquement marquées pendant un temps, mais elles sont aujourd’hui largement mélangées.

LI

Variété dite sifflante

Dans cette variété, le programme indique notamment l’absence traditionnelle des phonèmes /y/, /ʃ/ et /œ/. Le son /i/ peut couvrir des formes écrites avec i ou u ; le son « ch » /ʃ/ n’appartient pas au système traditionnel de cette variété.

Repère descriptif : il ne s’agit ni d’une faute ni d’un créole « moins bon ».
LI / LU = même langue

Ce ne sont pas deux langues séparées. Ce sont des ensembles de traits phonologiques et prosodiques historiques du créole réunionnais.

Pas de frontière rigide

Dire aujourd’hui « telle commune parle li, telle commune parle lu » sans enquête serait trompeur. Mobilités, familles et contacts ont mélangé les formes.

Une personne peut mélanger

Le programme officiel souligne qu’il est rare de trouver aujourd’hui des locuteurs utilisant exclusivement tous les traits d’une seule variété.

Les générations comptent

L’âge, le quartier, la famille, les interlocuteurs et la situation de parole peuvent influencer les formes employées.

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Ce que nous pouvons affirmer

Les travaux sur les pronoms personnels font remonter le pronom réunionnais de troisième personne au français disjoint lui → li. L’opposition emblématique li/lu appartient ensuite à l’histoire phonologique des variétés réunionnaises. Pour expliquer précisément où, quand et comment chaque trait s’est diffusé, nous nous appuierons sur l’Atlas linguistique, les corpus et la parole des habitants.

Nout bann mo

Des mots qui portent l’histoire de la langue

Mwin Lé Réunion ne retient que les filiations documentées. Pour chaque origine proposée, nous distinguons ce qui est solidement établi, ce qui relève d’une hypothèse linguistique et ce qui demeure incertain.

MWIN← français « moi »

Première personne.

LI← français « lui »

Troisième personne, sans obligation de distinguer masculin et féminin.

NOU← français « nous »

Première personne du pluriel.

OU← français « vous »

Forme de deuxième personne singulière.

ZOT← « vous autres / eux autres »

Forme plurielle issue d’anciennes constructions françaises.

I← français oral « il »

Son rôle a été réanalysé au cours de la créolisation ; il fonctionne notamment comme marqueur préverbal.

⚠️ Pas d’étymologie au hasard.

Pour les mots souvent présentés comme malgaches, tamouls, indo-portugais, africains, anglais ou autres, nous ne publierons une origine précise qu’après vérification lexicographique. Une ressemblance de son ne suffit pas à prouver une filiation.

Lékritir nout lang

Pourquoi voit-on plusieurs façons d’écrire le créole ?

Parce qu’une langue d’abord massivement orale peut être transcrite selon plusieurs choix. Le créole réunionnais n’a pas aujourd’hui une orthographe unique imposée à tous ; plusieurs traditions graphiques coexistent.

Avant

Écritures francisées

Des auteurs ont longtemps tenté de noter le créole avec les habitudes orthographiques du français, parfois avec de grandes variations d’un texte à l’autre.

Années 1970

Lékritir 77

Une proposition à base phonologique issue d’un travail collectif, conçue pour mieux faire correspondre sons et graphèmes.

1983

KWZ

Une variante phonologique qui renforce certains choix comme l’emploi de w et y.

Années 2000

Tangol et autres propositions

De nouveaux systèmes cherchent notamment à mieux représenter les variantes de prononciation et à améliorer la lisibilité.

La règle de Mwin Lé Réunion

Nous n’effacerons pas les variantes au nom d’une seule écriture. Pour les témoignages, nous conserverons la voix originale ; la transcription indiquera la convention utilisée. Lorsque plusieurs graphies existent, elles pourront être affichées côte à côte avec une explication.

Kozé dann chaque koté

Vers une carte sonore des 24 communes

Nous ne colorons pas aujourd’hui l’île en « zone li » et « zone lu » : ce serait trop simplificateur. À la place, nous allons constituer une carte fondée sur des voix réelles, datées et localisées.

1Commune + quartier / îlet
2Année et génération du témoin
3Enregistrement avec accord
4Transcription fidèle
5Traits li / lu / intermédiaires
6Contexte : famille, travail, récit
Saint-PaulCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-DenisCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Sainte-SuzanneCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-BenoîtCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-PierreCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Sainte-MarieCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-LeuCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Sainte-RoseCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-AndréCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-JosephCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-LouisCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Saint-PhilippeCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Bras-PanonCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Entre-DeuxCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées La PossessionCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Les AvironsCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées L’Étang-SaléCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Le PortCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Trois-BassinsCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées La Plaine-des-PalmistesCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées SalazieCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Le TamponCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées Petite-ÎleCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées CilaosCollecte locale à lire avec les données actuellement vérifiées

Chaque bouton renvoie déjà vers la fiche Nout Commune. À mesure des collectes, la fiche communale pourra afficher les voix et expressions réellement attestées dans ses quartiers.

Raymond Lucas parlant en créole lors d'un témoignage de terrain

Nout Lang an voix

Raymond Lucas : le savoir se transmet aussi par la manière de kozé

Son premier témoignage intégré à Mwin Lé Réunion reste en créole original. La langue, le rythme, les mots de la plante et la façon d’expliquer font partie du patrimoine autant que le sujet raconté.

Écouter « Bwa d’fer »

🎙️ Rakont anou — Nout Lang

Conserver la voix, pas seulement les mots

Un zarboutan qui dit « li », « lu », « mwin », « mouin » ou une forme intermédiaire nous transmet aussi un accent, un rythme, une intonation et une histoire sociale.

Identité linguistique

Oussa ou la grandi ? Oussa out momon, out papa, out gramoun té i viv ?

Parole lontan

Koman bann gramoun té i kozé kan ou té marmay ? Kèl mo ou antann pi zordi ?

Li / Lu

Dann out famiy, zot té i di « li » ou « lu » ? Eske ou minm ou sèvi lé dé ?

Situation

Ou koz parey dann lakaz, travay, légliz, bazar, avèk marmay ou avèk in moun ou koné pa ?

Expressions

Kèl fraz, sirandane, proverbe ou fason kozé ou voudré pa voir disparèt ?

Transmission

Kosa ou voudré bann zanfan apré nou i koné dessi nout lang ?

Éthique de collecteConsentement · droit au retrait · contexte · pas de moquerie · pas de « correction » de l’accent · distinction entre témoignage et preuve historique.

Sources vérifiées

Une langue vivante mérite une documentation sérieuse

Cette première version privilégie les programmes officiels, l’Université de La Réunion, les corpus scientifiques et les travaux spécialisés. Elle est conçue pour s’enrichir sans figer la langue.

  1. Ministère de l’Éducation nationale — Programme de créole réunionnais, lycée (2026)Variétés en li / en lu, phonologie, prosodie et mélange contemporain des formes.Consulter la source ↗
  2. Carnets de recherches de l’océan Indien — Les pronoms personnels : du français aux créolesÉvolution des pronoms : moi > mwin, lui > li, nous > nou, vous autres / eux autres > zot.Consulter la source ↗
  3. Creolica — Philippe Caulier, textes bourbonnais du XVIIIe siècleTémoignages écrits anciens d’un parler en formation à Bourbon ; forme li attestée.Consulter la source ↗
  4. Creolica — Annegret Bollée, histoire du créole réunionnaisHypothèse d’un développement graduel du créole réunionnais dans la société de plantation.Consulter la source ↗
  5. Creolica — Corpus de créole réunionnais, Pierre CellierCorpus oral issu d’enregistrements réalisés à travers l’île, utile pour étudier les variantes réelles.Consulter la source ↗
  6. Université Numérique de La Réunion — Sociolinguistique du créoleVariation, diglossie, représentations sociales et méthodologie de collecte de la parole.Consulter la source ↗
  7. Lofis la lang kréol La Rényon — Manières d’écrire aujourd’huiHistoire et coexistence de plusieurs propositions graphiques du créole réunionnais.Consulter la source ↗
  8. Légifrance — Loi d’orientation pour l’outre-mer, article 34 (2000)Les langues régionales d’outre-mer sont reconnues comme partie du patrimoine linguistique de la Nation.Consulter la source ↗
  9. Éducation nationale — création de la section créole au CAPES (2001)Création d’une section langues régionales : créole aux concours du CAPES.Consulter la source ↗

Nout Lang en mouvement

Une langue ne tient pas dans une seule opposition

Vocabulaire des métiers, mots lontan, expressions, toponymie, sirandanes, fonnkèr, langues des familles, contact avec le français et façons de parler selon les générations font partie d’une même mémoire linguistique. Mwin Lé Réunion les relie aux lieux, aux situations de parole et aux témoignages, sans figer une commune dans une seule manière de parler.

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