Retour à la terre
Manioc, maïs, patates, jardins et cultures de substitution.
1940–1945
Blocus, files d’attente, cartes d’alimentation, manioc, maïs, marché noir — mais aussi jardin, partage et système D.
Une île coupée de ses approvisionnements
Une étude publiée en 1951 décrit les effets directs du blocus : impossibilité d’exporter normalement le sucre, disparition des importations habituelles de riz d’Indochine et de bœufs de Madagascar. La production sucrière chute fortement tandis que les plantations de manioc et de maïs augmentent massivement.
Les cyclones de 1944 et 1945 aggravent encore une situation déjà fragile.
De longues files
Jean Defos du Rau évoque en 1951 un rationnement strict et d’interminables queues devant les magasins, particulièrement lorsqu’un navire était annoncé. La carte d’alimentation organise la répartition, mais la rareté réelle des marchandises continue de peser sur les familles.
Comment nou té tienbo ?
Manioc, maïs, patates, jardins et cultures de substitution.
Ce que la cour et le terrain pouvaient encore produire devenait essentiel.
Produits, services, réparations et réseaux familiaux ou de voisinage.
Réparer, réutiliser, transformer vêtements et objets faute de remplacement.
Les témoignages familiaux devront documenter l’entraide concrète entre voisins et proches.
Les pénuries modifient les habitudes et renforcent le rôle des ressources locales.
Nou la bezwin zot !
Une photographie de carte d’alimentation réunionnaise, un carnet, une lettre, une recette de substitution ou le témoignage d’un parent pourrait devenir un document exceptionnel de Nout Zistoir.
Nout Mémoire
La Réunion est loin des champs de bataille européens, mais sa dépendance aux importations rend l’île extrêmement vulnérable lorsque les routes maritimes se ferment.
Dès 1939 puis surtout après l’armistice de 1940, les autorités encouragent la population à cultiver davantage de légumes, de manioc, de maïs et de tubercules.
Des travaux historiques montrent que des surfaces cultivées en canne sont converties en cultures vivrières, parfois dans des proportions considérables.
Le but est simple : nourrir l’île avec ce qu’elle peut produire elle-même.
Après la saisie à Diego-Suarez des deux navires qui assuraient les liaisons avec Madagascar, les relations maritimes se rompent fortement.
À la mi-1942, La Réunion est décrite comme pratiquement coupée du reste du monde.
Les produits importés deviennent rares. Le riz manque. Le manioc, le maïs, les patates et d’autres produits locaux prennent une place beaucoup plus importante.
Le rationnement, les tickets, les files d’attente et les substitutions alimentaires entrent dans la vie quotidienne.
Les produits pharmaceutiques et d’autres biens essentiels deviennent eux aussi difficiles à obtenir.
À La Réunion, la guerre se mesure aussi dans une assiette. Elle se voit dans les champs qu’on replante, dans le riz qui manque, dans le manioc qu’on remplace, dans les familles qui partagent et dans l’île qui apprend à vivre presque seule.