Nout Patrimoine • Habiter
De la case en paille
à la maison d’aujourd’hui.
L’habitat réunionnais raconte l’histoire de l’île : les matériaux disponibles, les cyclones, le climat tropical, les différences sociales, les savoir-faire, les migrations, les jardins, puis l’arrivée de la tôle, du béton et de nouvelles formes d’architecture durable.
Une histoire sociale
Il n’existe pas une seule « case créole »
Selon les époques, les moyens et les lieux, les Réunionnais ont habité des paillotes, des cases en bois très simples, des maisons à quatre pans, des petites cases en bois sous tôle, des demeures bourgeoises à varangue, puis des maisons en béton et des logements contemporains.
Mwin Lé Réunion montre la maison du propriétaire comme la case de l’ouvrier agricole, l’habitat des Bas comme celui des Hauts, et surtout la manière d’y vivre : cour, cuisine, dépendances, jardin, arbres fruitiers, plantes médicinales, eau, voisinage et rapport à la route.
Frise de l’habitat
Une évolution qui n’est ni parfaitement linéaire, ni la même partout
Des origines au XXe siècle
La case en paille : habiter avec les matériaux du lieu
Le Parc national décrit une ancienne case des Hauts reposant sur un soubassement de pierres sèches, avec des murs formés d’un clayonnage de branches et de vétiver, et une couverture en feuilles de latanier. D’autres formes de paillotes ont utilisé torchis, palmes et matériaux végétaux disponibles.
La paillote n’est pas seulement un habitat des débuts de la colonisation : elle reste une forme très courante de l’habitat populaire réunionnais jusqu’au milieu des années 1960.
Reconstitution graphique — les formes variaient selon les lieux et les époques.
Bois & créolisation
Bois couché, Tapénac, pavillon : plusieurs manières de construire
Case en bois couché
La commune de l’Entre-Deux la présente comme l’un des modes de construction les plus anciens et les plus simples associés aux pionniers du village.
Case Tapénac
Ses origines sont décrites comme complexes, avec des rapprochements vers l’architecture rurale française des XVIIe-XVIIIe siècles et l’habitat traditionnel malgache.
Case pavillon
Elle se caractérise notamment par un toit à quatre pans ; à l’Entre-Deux, sa dimension pouvait également devenir un signe de richesse.
XIXe siècle
Varangue, lambrequins et jardins : l’habitat devient aussi représentation sociale
Dans certaines demeures aisées, l’architecture se développe autour de la varangue, de façades travaillées, de lambrequins et de jardins organisés. Ces formes ne résument pas l’habitat réunionnais du XIXe siècle : elles représentent surtout une partie des maisons de propriétaires et de familles disposant de moyens importants.



Les auteurs, licences et conditions de réutilisation des médias conservés sont consignés dans le registre documentaire de Mwin Lé Réunion.
Habitat populaire
Bois sous tôle, cour et dépendances : une autre histoire de la case
À côté des demeures ornées, une grande partie de la population habite des cases plus modestes. Bois, tôle, matériaux récupérés ou disponibles localement composent des logements adaptés progressivement aux moyens des familles. La cuisine peut rester séparée du corps principal, tout comme certaines dépendances liées à l’eau, aux animaux ou au stockage.
La maison ne se comprend donc pas seulement par sa façade. La cour, les arbres, l’ombre, la cuisine, les petits bâtiments et la relation au voisinage forment un ensemble. Dans les Hauts comme dans les Bas, ces organisations varient selon le climat, la pente, les activités et les ressources du foyer.
Le regard de Mwin Lé Réunion : documenter l’habitat populaire est indispensable. Une histoire du bâti qui ne conserverait que les belles villas produirait une mémoire incomplète de l’île.

Jardin créole
Autour de la maison, un espace nourricier, médicinal, ornemental et social
Le jardin créole ancien n’est pas uniquement décoratif. Les descriptions patrimoniales évoquent un espace où se mêlent fruitiers, légumes, plantes aromatiques, plantes médicinales, fleurs et espèces utiles. L’organisation répond autant aux besoins du foyer qu’au plaisir d’habiter et d’accueillir.
Cette diversité crée un lien direct entre Nout Patrimoine et Nout Natir : les plantes sont choisies, déplacées, cultivées, transmises et nommées. Elles font partie de la mémoire familiale autant que du paysage.
Le regard de Mwin Lé Réunion : le jardin est une archive vivante. Une vieille variété fruitière, une plante médicinale ou une façon de disposer la cour peuvent raconter autant qu’un document écrit.

XXe siècle
Le béton change la silhouette des quartiers
Avec l’amélioration des réseaux, l’urbanisation et de nouvelles techniques de construction, le béton prend une place croissante. Il est recherché pour sa solidité, sa durabilité et la possibilité d’agrandir les logements au fil du temps.
Cette transformation n’efface pas immédiatement la case en bois. Les deux coexistent longtemps, parfois dans une même cour ou dans une même histoire familiale. Des éléments anciens — varangue, ventilation traversante, débords de toiture, relation au jardin — peuvent également être réinterprétés dans des constructions plus récentes.

Aujourd’hui
Construire avec le climat plutôt que contre lui
Ventiler
Orientation, ouvertures opposées, protections solaires et circulation de l’air réduisent le besoin de refroidissement mécanique.
Protéger
Pluie intense, soleil, humidité, vents et cyclones imposent des choix adaptés au territoire et aux normes contemporaines.
Relier
Végétation, ombre, récupération de l’eau et sobriété énergétique réactualisent des logiques anciennes avec des techniques nouvelles.
Le regard de Mwin Lé Réunion : l’habitat réunionnais de demain n’a pas besoin de copier l’habitat lontan. Il peut en retenir l’intelligence climatique, la place du dehors et le rapport au vivant, puis les confronter aux besoins actuels de confort, de densité et de sécurité.