Aller au contenu
Mwin Lé Réunion Mwin Lé RéunionJe suis La Réunion.
Nout Zeness
Retour à l’accueil
Explorer les chapitres
Encyclopédie vivante · La Réunion

Nout Zeness

Grandir sur une île, trouver sa place, puis transmettre à son tour. Des enfances lontan aux chemins que les jeunes inventent aujourd’hui.

Une photo de classe, un jeu lontan, une vidéo ou un souvenir à partager ?

Être marmay, dans plusieurs histoires de La Réunion

Il n’existe pas une seule enfance réunionnaise. Le quartier, l’époque, les ressources de la famille, le fait d’être une fille ou un garçon ont dessiné des possibilités différentes. Grandir dans un îlet, près d’une usine ou au centre de Saint-Denis ne donne pas les mêmes distances à parcourir, les mêmes horizons ni les mêmes occasions de poursuivre des études. Même dans une fratrie, les souvenirs peuvent raconter des mondes sensiblement différents.

Le mot « lontan » rapproche des générations, mais il ne leur donne pas une vie identique. Une photographie de classe, un cahier conservé ou le nom d’un instituteur permettent de retrouver un lieu et un moment. Ils rendent la mémoire plus précise, sans lui retirer son émotion. L’enfance appartient à la grande histoire de l’île ; elle se raconte aussi à hauteur de marmay.

Une case créole à Bois Court, dans les Hauts de l’Entre-Deux.
Une case créole à Bois Court, dans les Hauts de l’Entre-Deux. Photographie de Rémih, CC BY-SA 4.0. Fichier d’origine.

La famille, les mots et les gestes

La transmission commence souvent avant qu’on sache la nommer. Un nom de plante, une expression créole, une manière d’écouter les aînés ou de préparer un repas font entrer l’enfant dans un univers de relations. Les savoirs ne passent pas uniquement par une leçon : regarder faire, demander pourquoi, essayer à son tour constituent aussi des chemins d’apprentissage.

Il faut pourtant laisser place à la diversité des familles. Une grande sœur, un grand-parent, un voisin ou un éducateur peuvent occuper une place essentielle. Certains liens soutiennent ; d’autres ont manqué ou ont fait souffrir. Raconter la famille ne consiste pas à transformer toutes les cours en images heureuses. Nout Famille et Nout Lang prolongent ces questions de parenté, de parole et d’appartenance.

L’école : une porte qui ne s’est pas ouverte à tous en même temps

En 1817, des écoles élémentaires destinées aux enfants indigents libres apparaissent notamment à Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre. Les congrégations organisent des circuits distincts pour les filles et les garçons. Le Collège royal est institué par l’ordonnance du 24 décembre 1818 et accueille ses premiers élèves en janvier 1819. Son enseignement payant s’adresse d’abord à une élite coloniale. L’existence d’un établissement ne signifie donc pas l’accès de tous les enfants au savoir.

La société esclavagiste exclut durablement les enfants réduits en esclavage de cette instruction. L’abolition de 1848 constitue une rupture juridique majeure ; elle n’efface pas d’un coup les obstacles économiques et sociaux. Plus tard, le 6 octobre 1934, la création du Cours supérieur des filles Juliette Dodu marque une étape de l’enseignement féminin. Le collège Juliette Dodu adopte la mixité à la rentrée 1975. Entre ces repères se lit une longue transformation des possibilités offertes aux filles et aux garçons. Nout Lékol en poursuit le récit.

Le lycée de Saint-Denis dans une photographie ancienne : un bâtiment de l’histoire scolaire de l’île.
Le lycée de Saint-Denis dans une photographie ancienne : un bâtiment de l’histoire scolaire de l’île. Domaine public. Fichier d’origine.
Quelques portes de l’instruction
  1. 1817Écoles élémentaires pour des enfants libres indigents.
  2. 1818–1819Création puis ouverture du Collège royal.
  3. 1934Cours supérieur des filles Juliette Dodu.
  4. 1975Mixité au collège Juliette Dodu.

Des jeux qui font circuler les souvenirs

Les kanèt, ou billes, et la course la roue font partie des jeux lontan encore transmis dans des activités scolaires réunionnaises. Quelques objets suffisent, mais les règles demandent une vraie adresse. Viser, doser la force, tenir une trajectoire, attendre son tour : le jeu est aussi une manière d’apprendre à agir avec les autres.

Le plus intéressant commence parfois quand deux générations discutent des règles. Un nom change, une variante apparaît, quelqu’un se souvient d’un terrain ou d’un camarade. Ces différences ne sont pas des défauts à corriger pour fabriquer une tradition uniforme. Elles donnent au souvenir son ancrage. Une photo d’objet accompagnée de son nom, de la commune et de la période peut raconter autant qu’une longue explication générale.

Du terrain au collectif

Le sport ouvre une autre expérience du groupe : un entraînement, une équipe, un déplacement ou une rencontre peuvent devenir des repères dans un parcours de jeunesse. Le résultat du dimanche ne raconte pas tout. La personne qui accompagne, l’accès au terrain et la possibilité de revenir régulièrement comptent aussi dans ce que le jeune retient.

Une histoire de club gagne à réunir une photo datée, le nom de l’équipe, le lieu et les voix de ceux qui y ont participé. Elle permet de comprendre comment un quartier se retrouve et ce que le sport transmet au-delà des performances. Les rendez-vous et pratiques évoqués dans Nout Fèt & Sport ouvrent d’autres pistes, sans résumer toute la jeunesse à la compétition.

Recevoir une culture et lui donner une suite

Une langue, un rythme ou un geste ne restent vivants que si quelqu’un se les approprie. Le maloya, inscrit en 2009 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, se transmet notamment dans les familles, les associations et les ateliers. Apprendre un chant ou fabriquer un instrument relie une pratique présente à une histoire plus longue.

Transmettre ne veut pas dire demander aux jeunes de reproduire exactement le passé. Une reprise musicale, un texte en créole ou une rencontre entre instruments peuvent faire naître une expression nouvelle. Ce dialogue traverse Nout Kiltir, le maloya et Nout Manzé. La culture appartient aussi à ceux qui commencent à en faire quelque chose.

Le kayamb : un instrument dont la fabrication et la pratique transmettent des savoirs.
Le kayamb : un instrument dont la fabrication et la pratique transmettent des savoirs. Photographie de David Monniaux, CC BY-SA 3.0. Fichier d’origine.

Les distances d’un quartier à l’autre

Une commune n’est pas un décor interchangeable. Relief, réseau de transport, équipements et proximité des lieux de formation participent à la vie quotidienne. Le nom d’un quartier indique un ancrage ; il ne suffit pas à prédire l’avenir d’un enfant. Les parcours se construisent aussi par les rencontres, les choix et les soutiens disponibles.

Les modes de vie changent à des rythmes différents. Le développement des études, les mobilités et les usages numériques n’ont pas fait disparaître les attaches familiales ni les écarts de ressources. Une comparaison entre deux générations devient plus juste lorsqu’on précise de quel lieu et de quelle période on parle. Les pages des communes permettent de retrouver cette géographie vécue.

Un enfant peut porter un savoir sans être libre

Edmond, né esclave en 1829 à Sainte-Suzanne, a environ douze ans lorsqu’il met au point, en 1841, un procédé pratique de pollinisation manuelle de la vanille. Charles Morren avait déjà réalisé une fécondation artificielle en Europe en 1836. L’apport d’Edmond tient au geste simple qui rend possible une large diffusion de la culture. Il est affranchi en 1848 et reçoit le nom d’Albius.

Ce parcours rappelle qu’une découverte essentielle peut venir d’un enfant auquel la société refuse la liberté. Il ne doit pas devenir une jolie histoire qui ferait oublier l’esclavage. Il invite à regarder la reconnaissance accordée au savoir, et la situation de celui qui le porte. La fiche de Sainte-Suzanne et Nout Vanille prolongent son histoire. L’aide familiale, le placement domestique, l’exploitation et l’enfermement des mineurs correspondent à des réalités différentes ; leurs mots ne doivent pas être employés comme des synonymes.

Edmond Albius dans une lithographie de 1863 : un portrait réalisé à l’âge adulte, bien après sa découverte de 1841.
Edmond Albius dans une lithographie de 1863 : un portrait réalisé à l’âge adulte, bien après sa découverte de 1841.Antoine Roussin · Domaine public.

Des enfances séparées de leur milieu

Entre 1864 et 1879, une colonie pénitentiaire agricole pour enfants fonctionne à l’Îlet à Guillaume, dans les hauts de Saint-Denis. L’archéologie et les archives éclairent l’organisation du lieu, le travail imposé et les logiques de la justice des mineurs au XIXe siècle. Les ruines appartiennent à cette histoire de l’enfermement, pas à celle d’une simple école isolée.

Un autre chapitre concerne les plus de deux mille mineurs réunionnais transférés vers l’Hexagone entre 1962 et 1984 dans le cadre de l’Aide sociale à l’enfance. Les expériences individuelles diffèrent ; les ruptures familiales et les témoignages doivent être entendus sans confondre tous les parcours. Les enfances déracinées, l’Îlet à Guillaume et l’APECA appartiennent à des périodes et à des dispositifs distincts.

Le plateau de l’Îlet à Guillaume, dans les hauts de Saint-Denis : un lieu de mémoire de l’enfermement des mineurs.
Le plateau de l’Îlet à Guillaume, dans les hauts de Saint-Denis : un lieu de mémoire de l’enfermement des mineurs.B.navez · CC BY-SA 3.0.

L’APECA, un nom chargé de mémoires

L’Association pour l’enfance coupable et abandonnée est créée en 1936. Ce nom ancien porte la marque d’une époque et d’une manière de classer les enfants. La notice patrimoniale de la chapelle de l’ex-APECA situe le foyer des garçons au 27e kilomètre en 1936 et celui des filles en 1946. Ces lieux associent accueil, encadrement et apprentissage. Leur histoire ne se réduit ni aux intentions des fondateurs ni à une image unique de la vie des jeunes qui y ont été placés.

Le patrimoine bâti, les dossiers d’archives et les paroles d’anciens pensionnaires n’apportent pas les mêmes éclairages. Ils peuvent être rapprochés sans forcer les souvenirs à se ressembler. Les dénominations, les lieux et les transformations de l’association sont développés dans Nout Mémoire. Un récit personnel mérite d’être accueilli avec ses nuances et avec le respect de la vie privée des personnes citées.

Apprendre, choisir, chercher sa place

Le niveau de formation des jeunes Réunionnais s’est élevé. L’étude de l’Insee publiée en juin 2026, fondée notamment sur le recensement de 2022, montre que le diplôme favorise l’accès à l’emploi. Cette évolution n’efface pas les difficultés d’insertion. Les filières, le niveau d’études et la situation du marché du travail continuent de différencier les parcours.

Les études générales, la formation professionnelle et l’apprentissage constituent plusieurs manières de préparer l’avenir. Un parcours peut aussi comporter une interruption, une reprise ou une réorientation. Le comprendre demande davantage que de ranger les jeunes entre ceux qui auraient « réussi » et les autres. Derrière une catégorie statistique, il y a une personne, des contraintes et des possibilités qui évoluent.

Des lieux pour agir avec d’autres

Un atelier, une association culturelle ou un projet de quartier peut offrir un espace pour prendre une responsabilité, préparer un événement ou apprendre à parler devant un groupe. Ces expériences ne remplacent ni l’école ni la famille. Elles ajoutent d’autres occasions de faire, d’être écouté et de rencontrer des personnes hors de son cercle habituel.

Le souvenir d’une sortie, d’une répétition ou d’un premier engagement peut rejoindre l’histoire d’un lieu. Pour l’identifier, le nom du groupe, la date, la commune et l’activité sont précieux. Une contribution n’a pas besoin de présenter une institution entière : elle peut commencer par un moment dont on a gardé une trace.

La jeunesse d’aujourd’hui a aussi quelque chose à raconter

Les jeunes ne sont pas seulement les destinataires du patrimoine. Ils en sont aussi des lecteurs, des témoins et de futurs passeurs. Photographier un lieu du quotidien, interroger un proche sur son enfance ou enregistrer un nom créole permet de faire circuler un savoir entre générations.

La mémoire n’est pas réservée à ce qui a disparu. Un espace de rencontre, une pratique nouvelle ou un changement dans le quartier deviennent déjà des traces de notre époque. Les conserver avec leur contexte évite que les images restent muettes. Le regard des jeunes élargit ce que l’on choisit de raconter de La Réunion.

Trois façons de transmettre
  1. ObserverUn lieu, un objet, une pratique du quotidien.
  2. QuestionnerLe nom, l’époque et les personnes qui connaissent son histoire.
  3. PartagerUn document autorisé, accompagné de son contexte.

Une photo de classe, un nom, une voix

Vous avez une photographie de classe, une image de jeu, le programme d’un spectacle ou le souvenir d’un atelier ? Indiquez la période et le lieu, puis racontez ce que vous savez. Si l’auteur est connu, précisez son nom et l’autorisation de réutilisation. Pour les personnes reconnaissables, en particulier les mineurs, le droit à l’image et la vie privée restent essentiels.

Les propositions sont examinées avant publication. Les témoignages sensibles ne doivent pas exposer publiquement une personne sans son accord. Vous pouvez également signaler une erreur ou apporter une précision par le formulaire de contribution, puis découvrir les récits réunis dans Mémoire vivante.

Continuer dans l’encyclopédie

Retour à l’accueil