Esclavage et travail
La fibre est produite dans une société coloniale où la terre et le travail contraint organisent la richesse.
La culture que La Réunion a presque oubliée.
Avant que la canne n'envahisse les paysages, Bourbon produisait aussi du coton. Une fibre légère derrière laquelle se cachent terres, commerce, travail et société esclavagiste.
Le coton appartient aux cultures commerciales pratiquées à Bourbon au XVIIIᵉ siècle. Il ne détrône jamais le café, mais les chiffres conservés montrent qu'il ne s'agit pas non plus d'une curiosité de jardin.
Mwin Lé Réunion choisit ici de ne pas inventer une « date d'arrivée » lorsque les sources consultées ne permettent pas encore de la fixer avec assez de sûreté. Notre récit commence donc là où la documentation devient solide : le coton est bien une production de l'économie coloniale de Bourbon au XVIIIᵉ siècle.
DOCUMENTÉLe café puis surtout la canne ont dominé le récit agricole réunionnais. Le coton, lui, a presque disparu du paysage productif et de la mémoire commune. Le retrouver permet de voir une Bourbon agricole beaucoup plus diverse qu'on ne l'imagine aujourd'hui.
Cotonnier photographié à Saint-Leu, La Réunion : la capsule mûre s'ouvre et libère la fibre blanche entourant les graines. Photographie contemporaine utilisée pour montrer la plante elle-même.
Le coton fournit une fibre textile légère. Une fois les capsules récoltées, il faut séparer les graines de la fibre, nettoyer celle-ci, la préparer puis l'insérer dans les circuits commerciaux.
Dans une île située sur la route des Indes, les étoffes et les textiles occupent une place importante dans la vie matérielle. Les inventaires du XVIIIᵉ siècle étudiés par les historiens montrent notamment la forte présence des étoffes indiennes dans la société bourbonnaise.
Après la floraison, le fruit mûrit. En s'ouvrant, il révèle les fibres blanches attachées aux graines.
La fibre doit être retirée des capsules. Avant la mécanisation moderne, cette opération repose sur un travail manuel répété.
Les graines doivent être séparées de la fibre. Cette étape conditionne la préparation du coton avant son utilisation ou sa commercialisation.
Au XVIIIᵉ siècle, Bourbon est une colonie dont l'économie de plantation repose massivement sur des personnes réduites en esclavage. Elles viennent principalement de Madagascar et de la côte orientale de l'Afrique, avec d'autres origines également attestées.
Nous ne transformerons cependant pas une réalité générale en fausse précision : sans registre d'une exploitation cotonnière déterminée, Mwin Lé Réunion n'attribuera pas arbitrairement tel groupe ou tel nombre de personnes à un champ de coton précis.
L'esclavage est un système de domination dans lequel des êtres humains sont juridiquement traités comme propriété. Le travail agricole, les violences et les contraintes font partie de l'histoire économique de Bourbon.
Mais cette histoire contient aussi le refus : fuite, marronnage, réseaux, survie dans les Hauts et résistance au système esclavagiste.
Ce rapport est parlant : le café demeure le produit agricole majeur, mais près de 170 tonnes de coton montrent une véritable activité productive. Le coton appartient donc pleinement au paysage économique de la fin du XVIIIᵉ siècle.
Après 1815, la culture de la canne et l'industrie sucrière prennent une importance considérable. Terres, capitaux, usines et travail se réorganisent progressivement autour du sucre.
Dans ce nouveau paysage économique, les cultures secondaires perdent de leur visibilité. Le coton ne devient jamais le moteur industriel que sera la canne et finit par sortir du grand récit agricole réunionnais.
Des cotonniers peuvent encore être observés à La Réunion. Ils ne constituent plus une grande filière : ils sont désormais des traces botaniques d'une histoire économique ancienne.
« Une culture peut disparaître des champs avant de disparaître des archives. L'encyclopédie sert aussi à la faire revenir dans notre mémoire. »
Registres d'habitations, actes notariés, inventaires, statistiques agricoles, journaux coloniaux, cartes, correspondances et objets techniques peuvent permettre d'identifier plus finement les lieux, les propriétaires et les travailleurs liés au coton.
Registres, inventaires, cartes et correspondances permettent de préciser les lieux de culture, les circuits commerciaux et les personnes qui ont travaillé le coton.
La fibre est produite dans une société coloniale où la terre et le travail contraint organisent la richesse.
Le coton relie la plante, la récolte, la fibre, les échanges et les besoins vestimentaires.
Sa disparition des paysages rend les inventaires, statistiques et objets particulièrement importants.
Le recul du coton accompagne la montée de la canne et le changement d’échelle de l’économie réunionnaise.