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Nout Kann
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NOUT AGRIKILTIR · GRANDE SAGA SUCRIÈRE

Nout Kann

La canne qui a changé le visage de La Réunion.
Des premiers plants aux grandes usines, de l'esclavage à l'engagisme, des charrettes bœufs aux cachalots : derrière chaque tige se trouve une histoire humaine, économique et sociale.

AVANT LE GRAND SUCRE

La canne était là avant de devenir reine

La canne est introduite à Bourbon dès les premiers temps de la colonisation. Elle sert d'abord notamment à produire de l'alcool, dont l'arrack. La filière sucrière retient 1783 pour la création de la première sucrerie de l'île.

Mais ce n'est encore qu'un prélude. Le véritable basculement arrive au début du XIXᵉ siècle.

DOCUMENTÉ

Pourquoi raconter l'avant ?

Parce que « la canne » n'est pas une histoire immobile. Une plante présente depuis longtemps devient progressivement une monoculture, une industrie, un système foncier et l'un des grands organisateurs du territoire réunionnais.

1815 → LE BASCULEMENT

Le sucre prend le pouvoir économique

1815 : la canne devient primordiale dans l'économie. 1817 : naissance des sucreries de Bois-Rouge et du Gol.

En quelques décennies, les caféières reculent, les champs de canne progressent et les moulins deviennent des usines. Entre 1810 et 1820, l'histoire documentée de Bois-Rouge montre le nombre de sucreries de l'île passant de 10 à 91.

CE QUE L'ÂGE D'OR DU SUCRE NE DOIT JAMAIS CACHER

La prospérité repose aussi sur l'esclavage

Jusqu'à l'abolition de 1848, la main-d'œuvre des habitations cannières et habitations-sucreries est essentiellement constituée de personnes esclavisées. Les grandes sucreries concentrent les effectifs les plus importants.

Mwin Lé Réunion ne les réduit pas au mot « main-d'œuvre ». Les recensements permettent parfois de retrouver des personnes, leur âge, leur origine et leur métier.

Bois-Rouge · des noms derrière le sucre

En 1842, 236 personnes esclavisées vivent à Bois-Rouge. Les archives nomment notamment Corneille et Adrien, commandeurs et chefs sucriers ; Bruneau, mécanicien et chef du moulin ; Vulcain, deuxième chef sucrier ; Longol, mécanicien.

En 1847, le domaine recense encore 219 personnes esclavisées. Derrière les machines et les tonnes de sucre, il y avait des vies.

Paysage de champs de canne à sucre à La Réunion

Paysage cannier réunionnais. La canne structure encore de larges portions du territoire, entre littoral, pentes cultivées et zones habitées.

1832–1862 · L'ÂGE D'OR

Une île couverte de sucreries

La filière connaît une expansion spectaculaire. Selon l'histoire professionnelle de la filière, 150 à 200 sucreries fonctionnent durant cette période et la production approche 60 000 tonnes de sucre par an.

Cheminées, moulins, chaudières et bâtiments industriels modifient le paysage. L'ingénieur Joseph Martial Wetzell participe dans les années 1830 à l'amélioration technique des procédés ; l'usine Desbassayns à Saint-Gilles-les-Hauts devient l'une des sucreries modèles.

20 DÉCEMBRE 1848

L'esclavage est aboli. L'histoire du travail contraint ne s'arrête pas là.

Abolition

La proclamation de l'abolition met juridiquement fin à l'esclavage à La Réunion. Des milliers de personnes deviennent libres.

Engagisme

Pour maintenir les grandes exploitations, les propriétaires recourent massivement à l'immigration sous contrat. Des engagés, notamment venus de l'Inde mais aussi d'autres régions de l'océan Indien et au-delà, travaillent dans l'économie cannière.

Après 1882

L'arrêt de l'immigration indienne et les difficultés de recrutement poussent progressivement les grands domaines à modifier leurs modes d'exploitation, notamment par le colonat partiaire.

1863 · LA CRISE

Même le sucre peut vaciller

Concurrence, libéralisation des échanges et sucre de betterave plongent la filière réunionnaise dans une crise profonde. De nombreux propriétaires sont ruinés et les établissements se concentrent progressivement.

Cette concentration explique en partie le paysage industriel actuel : beaucoup de cheminées et de ruines témoignent d'anciennes usines, tandis que Bois-Rouge et Le Gol, fondées au début du XIXᵉ siècle, ont traversé les transformations de la filière.

NOUT KANN LONTAN

Sabre, chargement et charrette bœuf

La coupe manuelle est un travail physique particulièrement éprouvant. Les cannes sont coupées au sabre, rassemblées, chargées puis transportées. Pour de nombreux petits planteurs, la charrette à bœufs est longtemps le moyen d'acheminer la récolte vers la balance ou l'usine.

Tracteurs et « cachalots » transforment ensuite le transport. La mécanisation de la coupe progresse, mais le relief réunionnais continue de compliquer l'accès de certaines parcelles.

Rangées de canne à sucre dans une parcelle

Dans la parcelle. Les rangées de cannes montrent la densité de la culture avant la coupe et le chargement.

DE LA TERRE À L'USINE

Une chaîne entière de métiers

PLANTER → ENTRETENIR → COUPER → CHARGER → TRANSPORTER → PESER → BROYER → CUIRE → CRISTALLISER

Le planteur

Prépare et entretient les parcelles et organise la récolte. L'histoire distingue les grands domaines des milliers de petits exploitants qui ont aussi façonné la filière.

Le coupeur

Travaille au cœur du champ. Le sabre à canne devient l'un des objets emblématiques de la campagne sucrière.

La balance

La canne livrée doit être pesée. Centres de réception et balances ont longtemps rythmé la géographie quotidienne des planteurs.

L'usine

Moulins, mécaniciens, chauffeurs, sucriers et ouvriers transforment la matière végétale en produits marchands.

DANS LA KANN, RIEN NE SE RÉSUME AU MORCEAU DE SUCRE

Du jus à toute une filière

Vesou

Le broyage des tiges extrait le jus de canne, base de la fabrication du sucre et de certaines productions de rhum.

Bagasse

La fibre restant après broyage n'est pas seulement un déchet : elle peut servir de combustible et participer à la production d'énergie.

Mélasse

Coproduit de la fabrication du sucre, elle possède différents usages industriels et peut intervenir dans la production de rhum.

Sucre & rhum

Deux produits emblématiques, mais deux histoires techniques et commerciales que Mwin Lé Réunion développera également dans leurs propres parcours.

NOUT PAYSAGE

Quand une industrie laisse ses cheminées

Les anciennes cheminées sucrières ne sont pas seulement de beaux vestiges. Elles indiquent où des hommes et des femmes ont travaillé, où des domaines se sont constitués et où l'économie a organisé le territoire.

Maison Rouge à Saint-Louis en est un exemple remarquable : ancienne propriété caféière, elle bascule vers le sucre avec une sucrerie créée en 1834 et active jusqu'en 1897. Son histoire permet de lire sur un même domaine le passage du café à la canne.

GRANDE FRISE NOUT KANN

Plusieurs siècles en un regard

Fin XVIᵉ
Introduction de la canne selon la chronologie de la filière.
1783
Première sucrerie.
1815
La canne devient primordiale.
1817
Bois-Rouge et Le Gol.
1832–1862
Âge d'or sucrier.
1848
Abolition de l'esclavage.
XIXᵉ
Engagisme puis transformations du travail.
1863 →
Crise et concentration.
XXᵉ
Charrettes, cachalots, mécanisation et fermetures.
Aujourd'hui
Une filière toujours structurante et un patrimoine omniprésent.
Transversalités

Cette histoire rejoint toute l’île

Esclavage puis engagisme

L’histoire de la canne est indissociable des personnes réduites en esclavage puis des travailleurs engagés.

Usines et transports

Cheminées, usines, charrettes, chemins de fer et routes structurent le territoire autour du sucre.

Eau et foncier

Irrigation, concentration des terres et répartition entre les Bas et les Hauts façonnent les paysages.

Culture et mémoire sociale

La coupe, les campagnes sucrières, le rhum et les luttes sociales appartiennent à la mémoire réunionnaise.